Avec l’inflation, pourquoi les courses deviennent-elles plus chronophages, surtout pour les femmes ?

« Acheter le pain et les yaourts chez Monoprix, les légumes et fruits frais à Carrefour, puis passer à Franprix pour la viaande». Lorsqu’elle énumère les courses alimentaires à faire pour sa famille, Natacha, professeure de 32 ans, semble déclamer les douze travaux d’Hercule. Jadis, tout était plus simple : l’ensemble de ses courses se faisaient à Carrefour avec un plan millimétré : rayon fruits et légumes, cordons bleus aux surgelés, steaks à 5%, fromages au rayon frais et petits des plaisirs coupables. Moins de cinq minutes montre en main et des courses en mode pilotage automatique. « Le bon vieux temps », soupire-t-elle.

L’inflation galopante, particulièrement marquée sur les achats alimentaires, a remplacé ce qui était une formalité par une course d’endurance. « Avec la hausse des prix, je dois rechercher les promotions les plus intéressantes, les meilleures offres, comparer et faire plusieurs supermarchés, si je veux faire des courses rentables », s’épuise Natacha. Comme elle, de nombreux consommateurs changent leur comportement d’achat en période d’inflation, s’orientant vers des courses plus complexes et dans davantage de supermarchés différents, souligne un article du New York Times.

Une tâche déléguée principalement aux femmes

De nombreux consommateurs, ou plutôt de nombreuses consommatrices. Selon une enquête Ifop d’octobre 2019, c’est les femmes qui effectuent les courses dans 63% des familles et même dans 73% des familles modestes. Une tâche qui prend en moyenne 1h30 par semaine, selon le même sondage. Selon une étude de Nielsen, spécialiste de la grande distribution, au mois de janvier 2021, 71% des personnes qui faisant leurs courses au supermarché étaient des femmes.

« Les courses alimentaires représentent une charge mentale importante pour les femmes. Une tâche ingrate et peu inspirante qu’on délègue à la mère du foyer, pendant que l’homme se charge des tâches plus valorisées socialement, comme le bricolage », confirme Fabienne El-Khoury, porte-parole de l’association fésésés . Une gageure qui empire avec l’inflation, appuie Philippe Moati, économiste spécialiste de la consommation et cofondateur de l’Observatoire société et consommation : « ll n’y a plus de repères ou d’automatism poures, les récouts les surétés plus chaque euro compte. Tout achat devient source de délibérations, d’arbitrages et de sacrifices », note l’expert, d’autant plus que « la hausse des prix n’est pas similaire sur l’ensemble des produits alimentaires, créant encore plus de complexité. Les courses dont devenues plus fastidieuses et chronophages qu’avant».

Et papa dans tout ça ?

« Et les prix bougent tout le temps, déplore Fanny, mère de trois enfants. Il faut sans cese revérifier les offres pour être sûre de ne pas se faire avoir. » La pression familiale, elle, reste constante : « Les enfants ne comprennent rien à l’inflation et se plaignent qu’il ya moins de bonnes marques ou de desserts qu’avant. Et qui a fait les courses et qui est désignée coupable ? C’est maman. Je passe pour la méchante alors que je fais au mieux. »

Impossible d’envoyer papa au front : « Déjà pour trouver du liquide vaisselle, il met quatre heures dans un rayon, alors une liste de produits très précis et spécifiques dans plusieurs magasins, pour Flui trop. » Même constat chez Maëlle au rayon d’à côté, qui lève les yeux au ciel rien qu’à l’idée de confier les courses à son conjoint : « Je l’ai déjà envoyé au supermarché, il a ramené quoi n’importe. J’ai dû refaire les courses derrière. Autant directement tout faire moi-même la première fois, ça fait des économies d’argent et de temps ». Et elle n’est pas la seule à penser ça, d’autant que comme le rapelle Fabienne El-Khoury, la cuisine est majoritairement gérée par les femmes. « Il vaut mieux qu’on se charge de choisir les produits, sinon on se retrouve avec des plats impossibles à préparer », appuie Maëlle.

Sacrifice partout, reconnaissance null part

En période d’inflation et avec les demands de chaque membre de la famille, certaines s’efforcent de satisfaire tout le monde, quitte à se délaisser soi, à l’instar de Maëlle : « C’est généralement mes achats plats etis mes je sacrifie. Ça évite de se prendre la tête avec l’amoureux ou les gosses, c’est la solution la plus simple, et tant pis pour moi. »

S’ajoute un autre impératif, même en période d’inflation : préparer des repas le plus sains possibles. « Les femmes sont prises entre le marteau et l’enclume, entre la contrainte économique et la contrainte du bien manger, nécessitant des aliments généralement plus chers comme le bio », indique Fabienne El-Khoury. « C’est pour ça qu’on passe autant de temps sur nos courses, se justifie Fanny. On veut viser des produits aussi bons qu’avant alors que tout est plus cher, du coup la contrepartie, c’est qu’on y passe des heures. » Le temps, c’est de l’économie d’argent, mais à quel prix ?

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