Cryptomonnaies : Do Kwon, figure (bien malgré lui) du crypto-krach

“J’avais l’impression que j’allais mourir.” Début mai, un dénommé “Chancers”, investisseur dans les cryptomonnaies, observe avec impuissance le cours de ses jetons s’effondrer. Parmi eux, le Luna et le TerraUSD (UST), un stablecoin dont la valeur est arrimée à celle du dollar. Le Luna, qui s’échangeait encore à 86 dollars l’unité le 5 mai, s’effondre sous le dollar une semaine plus tard. Le TerraUSD perd quant à lui sa parité avec la monnaie fiduciaire américaine dans le même laps de temps. Il ne vaut aujourd’hui désormais plus que 0,03 dollar.

“Chancers” dit avoir perdu 2,4 millions de dollars dans ce crypto-krach. Excédé, il se rend le 12 mai au soir chez l’homme qui est responsable, selon lui, de sa mauvaise fortune : Do Kwon, le père des deux cryptomonnaies et de la bloc chaîne de Terra sur laquelle elles reposent. “Chancers” est bien décidé à obtenir une explication de l’entrepreneur sud-coréen installé dans la capitale, Seoul. Mais c’est la femme de ce dernier qui ouvre la porte. Elle prend peur. En plus d’être ruiné, l’intrus est finalement arrêté par la police locale, relate la BBC.

Heureusement pour Do Kwon, tous les malheureux détenteurs de Luna et d’UST n’agissent pas comme “Chancers”. Mais l’histoire illustre bien le degré de mécontentement à l’égard du jeune trentenaire. “Arnaqueur” à la tête d’un “système de Ponzi”, comparé à la star déchue de la Silicon Valley Elizabeth Holmes… Les critiques pleuvent sur les réseaux sociaux envers l’ancien ingénieur passé par Microsoft et Apple et diplômé informatique à Stanford (Etats-Unis). Une plainte a égallement été déposée en justice par des investisseurs sud-coreens. Les cryptomonnaies lancées by Do Kwon ont perdu à elles deux près de 40 milliards de dollars de valorisation durant le crypto-krach. La déception est en fait à la hauteur des attentes dans l’écosystème Terra… et dans Do Kwon.

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“Lunatics”

Les débuts sont prometteurs. L’ex-ingénieur lance Terraform Labs en 2018 et avec sa blockchain séduit immédiatement 40 millions d’utilisateurs. Il figure dès l’année suivante parmi les 30 profils à suivre dans le monde de la finance, selon le média économique de référence outre-Atlantique, Forbes. Puis il lance le TerraUSD en septembre 2020 alors que deux mastodontes dominent déjà ce marché, le Tether et l’USD Coin. Un vrai pari. “La stabilité, condition essentielle pour que le coin gagne la confiance des utilisateurs et puisse être utilisé comme moyen de paiement, n’est pas facile à atteindre”, commente Nathalie Janson, professeur associé à Neoma Business School à Rouen. règle simple mais très coûteuse : chaque jeton émis doit être couvert par son équivalent en dollar.

Do Kwon, lui, innove en lançant le TerraUSD sur un modèle algorithmique. “L’idée est d’avoir un mécanisme autorégulateur qui permette la stabilisation de la monnaie autour d’un dollar. Et ce, en utilisant en garantie l’autre cryptomonnaie, le Luna, au lieu du dollar lui-suit-même”, Janson. Convaincus, Coinbase Venture ou Galaxy Capital soutiennent financièrement le projet de Do Kwon. Le monde de la crypto aussi. Les “Lunatics”, la communauté autour de Luna et Terra, croit dur comme fer dans la pérennité de ce système. Ce qui s’explique aussi par sa philosophie. “Le mouvement crypto est un contre-mouvement pour s’abroger du système bancaire. Or, ce stablecoin a le mérite de ne plus dépendre d’une monnaie fiduciaire”, complète Nathalie Janson. Sur le coup, Do Kwon impressionne.

Escroc ou pas ?

Mais ce qui plaît surtout, chez Terra, vient d’Anchor, un protocole de finance décentralisé (DeFi). Do Kwon assure qu’en y laissant ses TerraUSD, utilisés pour des prêts, il est possible d’obtenir des rendements allant jusqu’à 20%. Du jamais-vu dans l’univers des stablecoins. “Ce produit a grandement facilité la croissance incroyable de TerraUSD et donc de Luna, qui sont devenues parmi les actifs plus valorisées de l’écosystème”, remarque le spécialiste des cryptomonnaies Philippe Herlin. Revers de la médaille : l’économiste chevronnée Frances Coppola fait notamment remarquer à Do Kwon, sur Twitter, que les risques liés à la DeFi sont élevés, et que le moindre soubresaut pour surit bi algorithm le cause le marché, du mal à contenir. Le Coréen répond qu’il ne débat pas avec les “pauvres”.

“Son optimisme sans faille et sa personnalité ont aussi contribué à faire venir les gens dans son système”, selon Philippe Herlin. Les sailies de ce type s’accumulent. Huit jours avant le krach, et alors que le marché est déjà baissier, il confie lors d’une interview qu’il est amusant d’observer les compagnies les plus faibles s’écrouler. Sous-entendu : tout ira bien pour Terra et Luna. Cynique destinée: l’arrogance de Do Kwon s’est donc retournée contre lui. “Le TerraUSD et le Luna ont plongé. Tant l’algorithme que le mécanisme de sécurité mis en place – la fondation Terra détenait des bitcoins, au cas où le Luna ne suffisait pas en garantie – ont Dans échooit comuil. débat sur la form de stablecoin qui serait la plus prometteuse. Là, évidemment, les modèles algorithmiques en prennent un coup”, décrypte Nathalie Janson.

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Auprès de son million d’abonnés sur Twitter, Do Kwon se présente toujours comme le Master of Stablecoin (maître des jetons stables). Mercredi 25 mai, sa communauté a voté pour une relance de la chaîne de bloc Terra autour d’un nouveau jeton. Un autre Luna, mais sans stablecoin algorithmique associé, cette fois. Un nouveau départ avec de nouvelles règles. Les plateformes Binance ou Crypto.com ont déjà prévu de le lister. Tous les anciens détenteurs d’UST et de Luna en obtiendront gratuitement. De quoi relancer la machine ? “Cela sera compliqué, sa crédibilité a été lourdement entachée”, relève Philippe Herlin. Peu importe la nature de ce nouveau jeton et son ambition, le marché des cryptomonnaies, encore jeune et instable, repose beaucoup sur la confiance. “Or, qui peut avoir confiance en Do Kwon, désormais?”, s’interroge l’économiste. Sûrement pas “Chancers”.


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