le crypto-cocktail qui a ruiné des Français

Investisseurs imprudents et influenceurs inconséquents : le crypto-cocktail qui a ruiné des Français

Derrière les milliards envolés dans le krach crypto se cachent une multitude de petits investisseurs qui ont perdu une partie de leurs économies. Le JDN les a interrogés pour comprendre comment ils ont pu à ce point minimiser les risques.

“Je suis à 6 chiffres de perte là, je ne sais pas ce que je vais faire…”. Depuis le 8 mai, les messages dépités tels que celui-ci se sont multiplié sur les réseaux sociaux et les forums. De qui émanent-ils ? De Français qui ont placé tout ou partie de leurs économies dans des protocoles crypto au rendement aussi délirant que risqué. La valeur de leur portfolio a fondu à mesure que les cours du Luna et de l’UST, deux crypto-monnaies de la blockchain Terra, se sont effondrés. En tout, près de 40 milliards de dollars sont partis en fumée. Anchor Protocol, une plateforme qui promettait aux investisseurs un rendement de 20%, a perdu plus de 99% de sa valeur. Sur Twitter ou sur Jeuxvideos.com, des internautes jusque-là convaincus d’avoir découvert la poule aux œufs d’or expriment leur incompréhension. Certains témoignages sont probablement exagérés, voire faux, mais beaucoup sont bien réels, comme le JDN a pu s’en assurer en joignant leurs auteurs.

Témoignage publié sur Jeuxvideos.com. © JDN / Jeuxvideos.com
Témoignage publié sur Twitter. © JDN / Twitter
Témoignage publié sur Twitter. © JDN / Twitter

Le choc est d’autant plus violent que la blockchain Terra suscitait jusque-là beaucoup d’engouement : le Luna avait atteint le top 10 des crypto-monnaies en termes de capitalisation. Résultat, Grégoire, un cadre d’une célèbre startup française, pensait que l’écosystème était “too big to fail”. Il reconnaît que le rendement de 20% proposé par Anchor Protocol n’était pas viable mais le buzz sur Twitter l’a incité à acheter et placer ses UST sur la plateforme. Il estime à 3 000 dollars ses pertes. Il n’est pas le seul à s’être laissé entraîner par cet enthousiasme généralisé. La preuve sur Jeuxvideos.com :

Témoignage publié sur Jeuxvideos.com. © JDN / Jeuxvideos.com

Ou encore avec ce lecteur d’une newsletter spécialisée :

Aveuglés par l’euphorie sur les réseaux sociaux et confortés par certains influenceurs cryptos, les investisseurs à la recherche de rendements toujours plus élevés ont oublié le principe basique du couple rendement/risque que le second, qui le ve plus ‘est aussi. Lucas, un étudiant dans la vingtaine, confie être tombé dans le piège: “Les stablecoins étaient présentés comme des investissements sûrs”. Lui aussi abonné à la même newsletter crypto, quelle ne fut pas sa surprise face au décrochage de l’UST par rapport au dollar. Sofiane, un trentenaire ingénieur dans l’industrie, a perdu 4 000 dollars après avoir regardé des youtubeurs français qui vantaient les mérites d’Anchor.

Effectivement, les apprentis influenceurs cryptos, qui se rémunèrent via des liens d’affiliation et la publicité, pullulent sur la plateforme de vidéos de Google. Exemple avec Tutok, suivi par 4 500 abonnés, selon qui Anchor ne présente “quasiment aucun risque” car “c’est un peu un livret A avec une petite différence au niveau du rendement”. Cryptosaure, avec un peu plus de 2 000 abonnés, affirmait quant à lui : “le livret A à 0,5% arrêtez de vous faire chier, mettez vos 10 000 euros là-dessus à 20% et vous êtes tranquilles”. Avec 76 500 abonnés, Paul Crypto Formation assurait de son côté qu’il n’y avait “aucune raison de retourner au fiat des banques centrales quand on peut avoir un taux d’intérêt comme ça sur nos stablecoins”.

“Le livret A à 0,5% arrêtez de vous faire chier, mettez vos 10 000 euros là-dessus à 20% et vous êtes tranquilles”

Comparer un produit d’épargne au capital garanti et réglementé par l’Etat à un protocole de finance décentralisé au taux mirobolant, il fallait oser. Un propos pourtant répandu, comme on vient de le voir, qui reflète a minima un manque de connaissance. C’est en tout cas ce que pense Xavier, cadre dirigeant dans une fintech française ayant perdu 0,5% de son portefeuille avec le luna, selon qui “beaucoup d’influenceurs crypto ne comprennent pas laè technologie de technologie et de technologie” une solution pour “gagner de l’argent magique.” Contacté par le JDN, Tuktok reconnaît avoir conseillé à son audience “à un moment donné” de placer des UST sur Anchor mais souligne avoir “émis un avertissement” lorsque les réserves de liquidité ont commencé à s’amenuiser. Celui qui se félicite “d’apporter de la valeur ajoutée” à ceux “qui n’ont pas le temps de se renseigner” s’étonne tout de même que certains… “suivent bêtement les youtubeurs comme moi”.

Les propos imprudents des influenceurs ne les empêchent pas de prendre quelques précautions : tous utilisent un avertissement qui ressemble souvent à celui-ci : “Veuillez prendre en compte que je ne suis pas uncissement responable en tre s ponse resneable sa s ou des gains éventuels. Faites toujours vos propres recherches et consultez un professionnel avant de faire vos propres investissements”. Un disclaimer qui, selon Romain Darrière, avocat en droit de l’internet et des nouvelles technologies, permet aux influenceurs crypto de se distinguer du statut de conseiller financier, qui implique une responsabilité devant la loi.

Attention tout de même, tous les youtubeurs français ne sont pas à mettre dans le même panier. Certains, aux communautés plus importantes, ont su faire preuve de davantage de jugement. Crypto Farmeur, avec 35 300 abonnés, disait notamment avoir “repéré quatre points qui [lui] font penser que garantir 20% d’APY sur du stablecoin, ce n’est pas viable sur le long terme”. Idem du côté d’une partie de la presse crypto. Suivi par 112 000 personnes sur Youtube, Le Journal du Coin précise bien que “l’implication [dans Anchor] des plus gros fonds n’est pas un gage, n’est pas une garantie ultime.” Il faut croire que non…

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