Le grand hamster d’Alsace, une espèce sous perfusion

Par Nathaniel Herzberg

Publié aujourd’hui à 18h30

Une curieuse battue s’est invitée, ce vendridi 13 mai, dans la commune de Geispolsheim, à quelques kilomètres de Strasbourg. Sous un ciel enfin gris, les jambes dans les blés mouillés par les premières pluies du mois, les rabatteurs avancent. Espacés de quelques mètres, ils tapent avec des bâtons sur des bidons de plastique. Chorégraphie d’autant plus étrange que leur bruit reste largement couvert par celui des voitures de l’autoroute Strasbourg-Mulhouse, qui borde la parcelle. Mais les oreilles humaines ne constituent en rien l’objectif de l’opération. « C’est le préalable pour relâcher les hamstersa prévenu Marie Frolinger, responsable conservation du Naturoparc de Hunawihr (Haut-Rhin), qui coordonne les troupes sur le terrain ce matin. On s’assure qu’il n’y a pas de renards ou d’autres prédateurs dans la parcelle. Puis on procédera aux lâchers. Faites attention à ne pas trop écraser le blé, surtout autour des préterriers, sinon les deviennent des cibles trop facils pour les rapaces. Et gare aux morsures, ce sont des animaux sauvages. Ensuite, on mettra l’électricité dans les clôtures. »

Dans le laboratoire du CNRS, à Strasbourg, le 13 mai 2022, Caroline Habold, directrice de recherche prépare un hamster avant le transport vers les champs.
Le vétérinaire Fabrice Capber pèse chaque hamster au laboratoire du CNRS, avant qu'il ne soit relâché sur le terrain.  A Strasbourg, le 13 mai 2022.

Autour d’elle, tout le monde écoute, même si chacun ou presque connaît la musique. Pas le garde champêtre, qui a pris son poste l’année précédente, ni les employés de voirie, qui ont préparé les préterriers. Mais la plupart des autres en sont à leur troisième, cinquième ou même dixième opération. Pour le premier des quatre lâchers de la saison, qui rendront au total leur liberté à 500 rongeurs, tout le monde est venu : les divers services de l’Etat, la chambre d’agriculture, les propriétaires des parcels, les imps scientéifs programme, les employés des différents élevages et même une télévision allemande, soucieuse de comparer les méthodes de repeuplement à la française de l’espèce menacée aux méthodes appliquées outre-Rhin.

La battue achevée, l’opération essentielle commence. Par groupes de trois ou quatre, la troupe parcourt la parcelle dans sa longueur. Des piquets orange indiquent l’emplacement des préterriers, creusés pour accueillir les bêtes, un trou vertical, un autre oblique, comme l’espèce a coutume de le faire. « De quoi leur offrir un premier abri et les habituer à l’extérieur, ensuite, ils iront faire leur trou ailleurs »indique Fabrice Capber, le vétérinaire qui supervise les élevages.

De la “brochette” où elles sont suspendues, une première cage est décrochée, retournée, puis le fond est ouvert. Avec plus ou moins de bonne volonté, les rongeurs tombent dans le trou de 80 centimètres, où quelques croquettes, un bout de pomme et de carotte les attendent. Aux plus récalcitrants, on donne un coup de pouce, ou plutôt on souffle sur le museau. « J’ai été mordu une fois, j’ai fini aux urgences, je ne me ferai plus avoir’, assure Fabrice Capber. Deux mottes viennent alors boucher le terrier, que les plus audacieux feront sauter au bout de quelques minutes, d’autres après plusieurs heures de patience, voire davantage.

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