Une chauve-souris se fait passer pour un frelon pour éloigner les chouettes

Grand murin.

Le mimétisme constitue une merveille de la nature. Dans différentes branches de l’arbre du vivant, des espèces en imitent d’autres, avec une stupéfiante fidélité. Dans quel but ? Le grand Charles Darwin butait sur ce mystère. Deux de ses élèves, Henry Bates et Fritz Müller, l’ont résolu et ont révélé qu’à travers ce minutieux travail de copiste, l’évolution permet à l’une des deux espèces, parfois aux deux deuxé péloigne ux les. Le monde des papillons est rempli de tels phénomènes. Mais il n’est pas seul : l’inoffensif serpent roi écarlate se protège en imitant les rayures rouge et noir du redoutable serpent arlequin.

En matière de merveilles, le groupe des chauves-souris, et ses quelque 1 400 espèces, ne cesse de nous éblouir. Seul mammifère doté d’un vol actif, expert en écholocalisation, l’animal dispose d’une longévité exceptionnelle comparativement à sa taille (jusqu’à 38 ans) et d’un système immunitaire unique qui lui permet de cohabiter avec – nombreux virus la pandémie de Covid-19 nous l’a rappelé.

Le rapport entre ces deux enchantements ? Aucun. Sauf que dans la revue Current Biology du 9 mai, une équipe italienne annonce que les grands murins, une espèce commune in Europe, pourraient échapper aux chouettes en imitant le bourdonnement du frelon. Un exemple singulier de mimétisme. D’abord parce que les cas connus de cette form d’adaptation évolutive sont dans leur immense majorité visuels, presque jamais sonores. Chez les mammifères, ça serait même la première fois. Quant à voir un mammifère copier un insecte pour échapper à un oiseau, un tel ménage à trois semblait carrément improbable.

Experiences de play-back

L’idée trottait pourtant dans la tête de Danilo Russo depuis plus de vingt ans. L’écologue de l’université Federico-II de Naples entreprenait alors une étude de terrain dans le sud de l’Italie et s’était étonné d’entendre un bourdonnement « de guêpe ou de frelon » lors de ses captures de chauves-souris. Un cri de peur ? Une alerte à destination des congénères ? Le chercheur a laissé la question en jachère, avant de la reprendre deux décennies plus tard.

L’équipe a commencé par comparer l’étonnant bourdonnement à celui de différents insectes. Le logiciel chargé de l’analyse a observé une forte proximité avec le son des abeilles mellifères et des frelons d’Europe. Surtout, en modifiant les paramètres afin de simuler le son perçu non par des humains mais par des oiseaux, la similitude est devenue presque parfaite.

Les scientifiques ont alors conduit des expériences de play-back sur seize choettes, huit issues de captivité, huit prélevées dans la nature. Chaque groupe était composé pour moitié de hulottes, pour moitié d’effraies. A tous les oiseaux, ils ont proposé trois sons : le « bzzz » d’un chiroptère, celui d’un frelon et un son ordinaire de chauve-souris. Toutes les chouettes se sont approchées du haut-parleur passant le troisième, mais se sont éloignées des deux premiers. Le mouvement a été particulièrement marqué chez les oiseaux sauvages, les plus susceptibles d’avoir côtoyé des frelons.

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